Hi ! Vous aimez les clichés ? Vous allez être servis !! Fin 2024, j’ai changé de vie. Mais je ne suis pas partie faire un tour du monde, je ne me suis pas expatriée au Qatar, je ne suis pas devenue digitale nomade, non, j’ai changé de vie à l’ancienne : je suis devenue propriétaire. Tellement XXe siècle, vous allez dire ! Après avoir acheté une voiture, voilà la maison, ne manque plus que le chien (en fait, on pense plutôt à des poules).

Mais imaginez-vous un peu que c’est le meilleur choix que j’ai fait. J’ai longuement rêvé d’un jardin et d’une cheminée. Deux éléments de fantasme mais ça ne fait pas une vie. C’est pourtant amusant de voir la vitesse à laquelle on s’adapte à un nouveau contexte.

Adolescente, je rêvais de “monter à Paris” (j’étais très XIXe siècle à l’époque, je progresse chronologiquement). Mais il s’avère que vivre à Paris avec des enfants, ce n’est pas vraiment vivre à Paris : oublier les soirées ciné qui s’improvisent à 18h30 pour la séance de 19h, les sorties au musée sur un coup de tête, les petits restos le midi, les events découverts grâce à facebook à l’époque où on y trouvait encore autre chose que des pubs. Paris avec des enfants, c’est galère de mode de garde et parc obligatoire le week end. Le seul avantage qui nous restait c’était la superette et la pharmacie au bas de l’immeuble. Et, peut-être que c’est moi qui vieillit, mais Paris est devenue moche. Est-ce un tournant depuis le confinement ? Les JO ? Les petites boutiques sympas ont fermé, les quartiers où on se promenait “de mon temps” sont devenus des sortes de parcs à touristes à ciel ouvert où on ne trouve plus que des bubble tea et où les serveurs du starbucks vous demandent votre commande en japonais (à moins que ce ne soit du chinois…) : l’abord de Notre-Dame est particulièrement attristant en la matière. Fini le “Paris sera toujours Paris”. Quant au Paris des bobos et des startupers, il n’est financièrement pas accessible à une famille de quatre enfants (qui n’aura bientôt même plus le droit de prendre le TGV, mais c’est une autre histoire).

Nous n’avons pas vraiment fui Paris, mais on ne pouvait plus trop en espérer quoi que ce soit. Et loin de la ville, je redécouvre une vie. Retour sur 2025

En 2025, j’ai déménagé

Je me suis installée à Malesherbes. Pas le boulevard mais la petite ville encore industrielle à l’orée du Loiret. Sur la carte, il y a un Y entre l’Essonne, le Loiret et la Seine et Marne, et bien, c’est là Malesherbes. Le RER veut vous faire croire que vous êtes encore en Ile de France, mais non, c’est un vrai billet SNCF qu’il vous faudra acheter si vous voulez être en règle, billet quasi impossible à acheter en gare ce qui vous explique une certaine tolérance lors des contrôles. D’un côté la fin de la forêt de Fontainebleau, son sable fin et quelques rochers géants échoués à Buthiers pour faire jouer les fans d’escalade ; de l’autre la plaine du Gâtinais (ici on ne dit pas la Beauce) et ses odeurs de terroir : fumier en été, betterave en automne. Heureusement le sens du vent joue en notre faveur.

Mes précédents déménagements ne m’avaient pas laissé le temps de trop accumuler. Là c’était 12 ans de vie à déménager, mais surtout deux naissances et quatre enfances à mettre dans les cartons. Ca prend de la place les fratries. Sans parler des pas loin de deux tonnes de livres de la bibliothèque : ce n’est pas une rodomontade mais plutôt l’évaluation réaliste des déménageurs. Plus de 100 cartons à 18 kilos le carton… Eh bien ça prend du temps et de l’énergie de déballer une vie. D’ailleurs, on n’a pas encore fini (finit-on jamais ?).

Déménager c’est un peu comme partir en vacances dans un nouveau lieu mais avec une vision à long terme. Découvrir un nouvel espace et de nouveaux gens. Changer de cadre et de qualité de vie. Accomplir quelque chose de recherché depuis longtemps. Donner tort à Sénèque qui disait que le voyage ne dépayse pas puisqu’on voyage toujours avec soi-même et reconnaître l’importance du contexte.

En 2025, j’ai façonné la matière

Je ne me suis jamais vraiment considérée comme bricoleuse. Du moins, pas les gros bricolages. Les travaux de Dames, oui, ça c’est mon truc. Mais le marteau et la perceuse, trop virils pour moi : j’ai pour principe de ne pas empiéter sur le peu que l’on a laissé à ses messieurs depuis le féminisme.

Mais il faut bien reconnaître que le principe de réalité vous rattrape rapidement quand il s’agit de brancher un lave-vaisselle ou quand vous pataugez dans votre cave. Coup de chance pour moi, de nos jours aucune fuite ne résiste à un bon tuto sur Youtube. Ou presque. Je soupçonne de plus en plus la plomberie d’être une variante domestique de la magie et nul ne sait vraiment pourquoi le sort réussit. Le teflon est devenu mon meilleur ami, moi qui ne savais pas il y a 13 mois qu’on pouvait l’appliquer ailleurs que sur le fond d’une poêle. J’imagine que ce sont les joies de devenir propriétaire et entièrement responsable de son lieu de vie.

Ensuite j’ai découvert combien il pouvait être satisfaisant de poncer et de peindre et que ce n’est pas si compliqué à condition de bien préparer pour bien réaliser. J’ai aussi découvert combien le travail bâclé m’insupportait : quitte à faire quelque chose, au moins faisons le bien.

En 2025, je me suis interrogée sur la pertinence du temps investi à apprendre

Quand je pense le nombre d’heures que j’ai passé à apprendre le latin, à faire du petit latin, à m’entrainer à traduire du latin et quand je vois ce que ça m’a rapporté : un 18/20 à un concours, certes bon pour l’égo, et la possibilité d’aider ma fille à faire ses devoirs, même quand on est en vacances et qu’on n’a pas emporté le Gaffiot. Mais si j’avais investi 1/10e de ce temps dans la plomberie ? On parle des 10 000 heures pour devenir expert dans un domaine, mais parle-t-on jamais des regrets que l’on peut avoir de ce temps investi quand on a parié sur le mauvais cheval ?

Allez, en 2026, je m’attaque à l’électricité. Et dans 10 ans je parlerai couramment BTP.

En 2025, je me suis demandée où ira le futur

Quelques recos quand même dans cette newsletter :

Est-ce le fait d’avoir quitté Paris ? Me voilà à retrouver au coeur de mes flux d’informations les problématiques d’écologie et de réchauffement climatique et à regarder par le menu des chaines brillantes sur la question comme :

Metabolism of cities https://www.youtube.com/@MetabolismofCities

LIMIT https://www.youtube.com/@LIMITMEDIA